Visiter le Calico Museum, ça se mérite ! Absolument superbe et incontournable quand on aime les tissus anciens et traditionnels.

 

En vérité, je ne voyage pas, moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher : simple plaisir de voyager.

 

Robert Louis STEVENSON (1850 – 1894)

Voyage avec un âne dans les Cévennes

La visite du Calico Museum  débute à 10h15, et attention, si vous n’êtes pas là à l’heure précise on ferme la porte et pas question de rentrer en retard. On n’est pas en Inde ici ! Compris ? Et toute photo est rigoureusement interdite. Donc, aujourd’hui, vous devrez vous contenter d’un texte seulement., sans la moindre illustration. Mais vous pouvez consulter la Galerie.

A l’hôtel Volga le petit dejeuner est servi uniquement dans les chambres. Les Indiens adorent ça ! Pas moi, je déteste ! Non seulement ce n’est pas confortable car il n’y a jamais assez de place pour poser les plats et les assiettes, mais en plus les sièges de la chambre ne sont pas adaptés. Les Indiens s’en moquent. On met le tout sur le lit, et si ça dégouline sur les draps, tant pis. D’ailleurs les draps et parfois les rideaux, servent à s’essuyer les mains. Si, si ! C’est un propriétaire d’hôtel qui me l’a dit. Il était très mécontent de devoir changer ses rideaux très régulièrement.  Vous l’avez sûrement remarqué, la plupart du temps, les hôteliers ne se donnent pas le mal ni de les changer, ni de les nettoyer.
Certaines personnes, en Europe considèrent que c’est un luxe d’avoir le petit déjeuner  servi au lit. Moi ça me fait horreur. On met des miettes partout, on renverse son café, la tartine beurrée ou la cuiller remplie de confiture tombe sur le drap, et si j’ai une tablette, j’ai l’impression d’être à l’hôpital…

 

Humeurs et Petit déjeuner

Il me faut déjeuner ou à l’extrême minimum boire un thé ou un café avant de prononcer une parole ou de passer à la salle de bain. Alors vous imaginez mon humeur quand, ce matin-là, il fallut se brosser les dents avant de déjeuner, se doucher dans la foulée, et sortir dans la rue avant d’avoir avalé le moindre thé. Cela me met d’une humeur massacrante surtout s’il est tôt et que pas le moindre débit de thé n’est ouvert. C’est un scenario qui se répète régulièrement quand je voyage avec Tom. Lui, est tout à fait patient et indulgent vis à vis de mon humeur de dogue. Il ne dit rien. Il attend que ça passe. Et c’est ce qui s’est produit ce matin-là.
Il devait être 7h30. Il faisait déjà jour. Mais nous avons eu l’impression de nous trouver en pleine nuit. Pas un rickshaw, pas un passant, pas un chat, pas un rat ! Mais les immondices, alors là, pardon, ça ne manquait pas. Ni les cafards. Tout fermé. Pire que la veille lors de notre arrivée à Ahmedabad ! Rien de rien. Nous avons bien essayé de marcher un peu et de regarder autour de nous, mais pas la moindre lumière, pas le moindre estaminet ou débit de thé ouvert.
– On pourrait prendre un rickshaw pour aller au musée et s’arrêter en chemin si on trouve un restaurant ouvert sur la route, me fait Tom.
– Mais ils sont où les rickshaws ? Ils dorment tous !
– Alors on pourrait retourner à l’hôtel et prendre le petit dejeuner dans la chambre…
– Tom, on serait en France, avec des tartines beurre, confiture, croissants je t’aurais dit oui. Mais non, pas des plats en sauce aux effluves tenaces et épicées. On va leur demander s’ils veulent bien nous le servir dans le hall, puisqu’ils n’ont pas de salle.
Sitôt dit, sitôt fait. Mais…
– No, sir, it’s too early for breakfast. Only tea or coffee available.
– OK alors un café pour lui et 3 thés pour moi.
– !!! ???
– Ben oui, chez moi c’est un litre de thé tous les matins dont un bon demi-litre quand je me lève.
Nous venions à peine d’avaler le breuvage réconfortant qu’un rickshaw pétaradant fait irruption dans la cour de l’hôtel et dépose un client à la porte.
– Viens Tom, vite, il ne faut pas le laisser repartir.

Un gardien bien peu accueillant

Pas de circulation, nous sommes arrivés presque une heure à l’avance devant le Calico Museum. Un sbire se tenait devant le portail grand ouvert sur un merveilleux parc savamment et religieusement entretenu.
– Vous avez votre e-mail de réservation ? (Il était précisé de se présenter avec l’e-mail imprimé)
Je le montre au bonhomme. Celui-là aussi un ours mal léché qui n’avait pas dû avoir son thé au saut du lit.
Bien sûr, comme d’habitde, il semble vouloir l’apprendre par cœur.
Avez-vous remarqué comme chaque fois que l’on présente un papier, une adresse, un document, à un Indien il se met à le lire pendant dix minutes comme s’il voulait l’apprendre par cœur ? Même souvent les policiers, à l’entrée des aéroports quand ils lisent le billet d’avion.
Donc le gros bonhomme lit, bien sûr pose de nombreuses questions indiscrètes qui ne le concernent pas : Pourquoi tu es avec un Indien ? Et toi, l’Indien, d’où tu viens ?
Ça y est ça commence à me picoter le nez. L’effet moutarde. Mais qu’est-ce que ça peut lui foutre tout ça ? On a un document bien en règle avec nos noms, nos professions, nos adresses, nos nationalités, alors de quoi il se mêle ?
Il me rend mon papier. Je fais un pas vers l’entrée et
– No no, not now. At 10:15 am. You are early.
Et avant que nous ayons le temps de respirer, vlan ! Il nous claque la porte au nez.
Pour les personnes qui connaissent le lieu, vous en souvenez-vous ? Deux ou trois grandes routes qui se croisent. Des immeubles, très laids, et quelques maisons cossues. Et pas le moindre restaurant ou débit de thé. Et toujours personne dans les rues, juste de temps en temps un rickshaw, une moto, une voiture qui passe en trombe. Pas le moindre endroit où poser nos fesses
Visiter le Calico Museum, ça se mérite ! Absolument superbe et incontournable quand on aime les tissus anciens et traditionnels.
La visite, pour ceux qui l’ignorent, est gratuite et l’on nous a même offert le thé et des petites gâteries après la visite. Autrefois, le nombre de visiteurs était limité à 12 et il y avait deux visites par jour, l’une le matin, l’autre l’après-midi. Désormais c’est 20 personnes et une seule visite par jour. Renseignements.

J’ai très vite compris pourquoi les conditions d’admission à la visite étaient si restrictives et surtout si drastiques. Non seulement les pièces exposées sont fabuleuses à regarder, mais elles sont d’une valeur inestimable. Je peux comprends qu’ils n’aient pas envie qu’une armée de bidochons de toutes nationalités envahissent les lieux.
A ma très grande surprise, j’étais le seul touriste européen et les 19 autres étaient des Indiens. A voir comment ils étaient habillés et comment ils se comportaient on pouvait voir immédiatement à quelle classe de la société indienne ils appartenaient. Pas forcément des riches, quoiqu’ils ne fussent pas pauvres non plus ni même modestes. J’ai beaucoup apprécié cette visite avec eux, cela changeait un peu de l’idée que les gens se font des Indiens.
Le seul bémol, c’est qu’il y en a trop à voir. Trop beaucoup trop, en peu de temps. On galope pendant trois heures, on monte et on descend des escaliers, on traverse des cours, avec au passage de magnifiques bâtiments anciens et traditionnels.

 

Une amusante maîtresse d’école

Nous avons été menés tambour battant par une vieille institutrice anglaise des années 50 qui parlait un anglais absolument parfait et pour une fois admirablement compréhensible.

Cheveux longs et gris tressés en une longue natte, et petites lunettes rondes à la Gandhi, un grand sac en tissu en bandoulière sur un très élégant Salwar Kamiz aux couleurs très sobres. Elle m’a amusé et agacé à la fois. Car elle nous menait à la baguette comme une classe d’enfants de CM2. Il ne s’agissait pas de traîner dans la salle précédente, même si l’on avait envie de contempler un détail, ni de chuchoter entre nous dans les rangs, sitôt qu’elle faisait son cours. Car, et c’est là mon admiration, il s’agissait d’un véritable cours de prof de fac. En revanche elle détestait être interrompue et il ne fallait pas non plus lui poser trop de questions après son laïus, ni s’attarder dans la salle. C’était franchement amusant la façon dont elle nous traitait.

Il a fallu sacrifier au Livre d’Or.
Moi je déteste écrire une de ces banalités qu’on trouve dans les livres d’or et je ne me sentais pas enclin à réfléchir à quelque chose d’original à écrire. Alors je me suis abstenu et me suis éloigné du registre. Mais c’est qu’elle avait l’œil la maîtresse !
– Toi, là-bas, (style : je t’ai vu !) tu n’as rien écrit, viens ici et écris quelque chose et n’oublie pas d’indiquer ta nationalité puisque tu n’es pas Indien !
Non, mais !!!
Voilà, en tous cas c’était superbe !!!

Où les assistantes ont de bien mauvaises manières

Alors que je racontais cette visite sur un forum, on m’a posé une amusante question :

-Tu ne parles pas des assistantes portes et lumières. Sont-elles toujours en fonction ? En tout cas, elles étaient assez déroutantes, à nous rabrouer pour aller plus vite, à péter, si si je t’assure, avec aplomb sans aucune gêne… C’était épique.

– Je n’en ai pas parlé, parce que je n’ai vu ni senti aucune assistante. La “maîtresse” se suffisait à elle même. Et si elle ne pétait pas, elle n’était pas avare de soupirs, de mines et regards courroucés dès que quelqu’un tardait à sortir de la pièce.
Elle aurait dû être contente d’avoir des visiteurs compatriotes qui, pour une fois, appréciaient, prenaient leur temps, et posaient de nombreuses questions en se souciant de l’Histoire des tissus qu’elle présentait et du patrimoine qu’ils constituaient, au lieu de bouffer des cacahuètes et de jeter des sachets de bonbons ou de chips, gobelets et assiettes en carton partout…

 

Retour au chaos et aux nuisances

A peine sorti du Calico Museum et son jardin enchanteur dont la dense végétation forme un rempart contre le bruit et l’agitation, nous avons retrouvé le chaos et les nuisances d’Ahmedabad. N’ayant pas pris de petit déjeuner, après ces trois heures fantastiques mais harassantes, nous avions l’estomac dans les talons. Et de nouveau aucun restaurant en vue. Seulement quelques gargotes peu engageantes et des marchands ambulants dont je me méfie depuis que j’ai été si malade il y a quelques années à Ambala en mangeant de la cuisine de rue pourtant délicieuse, mais probablement chargée de bactéries. Mais nous avions un besoin urgent de nous asseoir.

Nous avons gagné le Dada Hari Ni Vav, tandis que je continuais à afficher à l’intention de Tom un visage grave extrêmement fermé, presque hostile, tant j’étais obsédé, comme je l’ai déjà mentionné,  par l’idée que je n’étais pour lui qu’un portefeuille bien garni.