A Saspol, devant nos yeux ébahis se dressait une immense statue du Bouddha Maitreya… Émergeant des ruines de l’ancienne citadelle de Basgo, bâtie sur un piton rocheux déchiqueté…

Lorsque la lumière a été éteinte après que le scribe a écrit une lettre, la lettre subsiste. De même, la Sagesse disparue, les connaissances qu’elle a suscitées persistent.

Les Questions de Milinda (IVème-Vème siècle)

Article mis à jour et modifié en juin 2021

En passant par Saspol…

Après avoir quitté Alchi, surtout avec la nécessité pour Tom d’aller aux toilettes tous les quarts d’heure, nous avions décidé de séjourner à Likir.

Auparavant, nous avons préféré faire un détour par Saspol. La principale et célèbre réputation de ce lieu réside dans ses grottes de méditation creusées dans la falaise au dessus du village. Elles sont couvertes de somptueuses fresques d’une très grande finesse, datant du Xème siècle.
Mais lorsque nous avons découvert le site nous nous sommes sentis tous deux incapables de grimper si haut par un étroit sentier très raide, exposé en plein soleil déjà brûlant à cette heure matinale.
Toutefois nous avons demandé au village comment visiter le temple qui n’est pas ouvert en permanence et qui n’intéresse que peu de voyageurs. Et allez donc savoir pourquoi, car nous eûmes une merveilleuse surprise après qu’un gentil moine nous eut ouvert la porte.
Vu de l’extérieur ce temple n’offre pas un intérêt particulier quand on a visité autant de temples que nous l’avons fait. Un touriste m’a dit un jour : « Les temples, quand on en a vu un, on les a tous vus… »
Mouais … Ça va, j’ai compris…

Après avoir fait quelques photos des fresques, notre guide nous invita à pénétrer dans l’espace situé tout au fond de la salle de prière. Une pièce très exiguë, peu profonde, plongée dans une obscurité totale. Notre charmant moine nous éclaira tant bien que mal avec une pauvre petite lampe torche.
Tom et moi avons poussé un Oh ! puissant qui exprima toute notre surprise : Devant nos yeux ébahis se dressait une immense statue du Bouddha Maitreya, dont j’ai déjà parlé.
– Je peux faire une photo ?
– Oui, mais sans flash
Au diable le flash. De toutes façons je déteste l’utiliser. Mais, heureusement, j’ai toujours sur moi ma lampe de spéléo, qui plus d’une fois nous a sortis d’embarras.
C’est alors que nous avons découvert de chaque côté, des sortes de niches encore plus obscures que la salle centrale. Grâce à mon faisceau lumineux intense nous avons pu découvrir – et photographier – les deux grandes statues enfoncées dans ces sortes d’absidioles. L’une me sembla en argile peinte, de très ancienne facture, car elle était assez naïve, tandis que l’autre était recouverte d’une peinture argentée.

Likir gompa

Nouveau superbe monastère, perché à nouveau au sommet d’une colline d’où l’on embrasse toute la vallée, mais à quarante kilomètres de Leh seulement. Ce qui signifie de nouveau invasion de touristes arrivant là « en curieux ».

Ce n’est que lors d’une halte pour se reposer qu’elle formula clairement son désir d’être prise en photo.

Lorsque nous sommes entrés dans le temple, une puja venait de débuter. Nous avons retrouvé là une partie des moines qui avaient déserté Ridzong pour venir à cette manifestation qui nous a semblé importante tant par le nombre de moines que par l’impressionnante “cacophonie” musicale et la récitation des mantras en continu .

La visite avait très bien commencé car une vieille dame nous avait accompagné – difficilement – dans la montée des nombreuses marches pour accéder au temple. Elle n’arrêtait pas de nous parler dans la langue locale et ne semblait pas du tout étonnée que nous ne la comprenions pas.

Je l’ai déjà dit, mes visites de monastères sont moins pour découvrir de magnifiques peintures ou statues que pour m’imprégner de prières et de musiques dans lesquelles je puise une grande paix intérieure en même temps qu’une énergie que je ne saurais définir. C’est un moment de sérénité où je me fonds dans ces prières, plongeant au plus profond de moi-même, en communion avec les moines.

Mais je n’ai pas leur faculté d’abstraction de l’environnement, si bien que les visiteurs me dérangent sitôt qu’ils ne prennent pas place sur un coussin pour se joindre à nous et rester en silence. Et ici à Likir, ce fut un défilé continuel de touristes déambulant de façon incongrue. D’autant plus que l’on se demande pourquoi ils viennent là. Ils défilent en procession sans vraiment regarder…

Ils entrent, passent, et ressortent.

Les Européens, en général, sont respectueux du silence, mais les Indiens sont incapables de se taire.

Ce qui m’a déconcerté c’est l’arrivée insolite d’un groupe nombreux d’adolescents germains pour qui cette visite, imposée sans doute par quelque responsable de l’encadrement, semblait une corvée incommensurable. Mais le pire du pire fut un groupe de Français, nombreux également, comportant une majorité de femmes qui pensaient sans doute se croire au Club Med à en juger par leurs vêtements. Bustier tenu juste par de fines bretelles, seins en liberté pour certaines, shorts au ras des fesses, sans oublier les effluves pénétrantes de crème solaire.

Et celles-là croyez-moi ne sont pas restées silencieuses. Oh certes elles ne braillaient pas, mais échangeaient entre elles des propos complètement ineptes. Et, au bout de quelques minutes, pour la première fois depuis notre arrivée au Ladakh, les moines nous ont tous priés d’évacuer les lieux. Comme je demandais si je pouvais rester puisque j’étais là à méditer depuis un moment, un moine m’a répondu non c’est l’heure du repas.

J’en suis resté abasourdi !

Jamais au grand jamais, nulle part ailleurs, on ne nous a prié de sortir sous prétexte du repas des moines. Au contraire, ils nous ont toujours convié à partager – copieusement – cet instant avec eux. PARTOUT.

Plus que de la colère, j’ai ressenti une grande honte d’être amalgamé à ces gens-là, chassé du temple pour conduite déplacée.

Basgo gompa

A Likir, nous avons aussi retrouvé les arnaques hôtelières. Aussi, étant donné la gastro de Tom, avons nous regagné Leh, où il s’est vite rétabli.

Le site de Basgo, cette citadelle construite aux XVème et XVIème siècle, et qui fut à une époque la capitale du Ladakh, est absolument spectaculaire, surplombant les vestiges de la ville. Toutefois, une bonne partie de la forteresse est tellement en ruines qu’il n’en reste que quelques pans de tours qui se confondent avec la montagne environnante.

Émergeant des ruines de l’ancienne citadelle, bâtie sur un piton rocheux déchiqueté, les trois temples m’ont paru d’un intérêt majeur. Ils sont consacrés au Bouddha Maitreya.

Le plus grand a conservé des fresques et un plafond remarquables de fraicheur. Il abrite une gigantesque statue du Bouddha Maitreya, érigée sur deux étages, qui fait la célébrité de Basgo.