mosquée Siddi Sayid. Ahmedabad mon premier voyage au Gujarat

L’orthopraxie se réfère à une pratique ou à un comportement qui respecte les rituels étabis par la religion.

Mieux vaut accomplir, fût-ce imparfaitement, son devoir propre que remplir, même parfaitement, le devoir d’une autre condition ; plutôt périr en persévérant dans son devoir ; assumer le devoir d’une autre condition n’apporte que malheur.

Bhagavad Gita (IIIème-Ier siècle avt J.C.)

Traduction Senart, Les Belles Lettres, 1944

L’orthopraxie

Peu importe qu’il s’agisse d’une tradition religieuse, d’une secte ou d’un régime politique totalitaire, lorsque l’orthopraxie se traduit par une répétition aveugle et mimétique de gestes imposés par des doctrines souvent héritées de rites anciens, elle devient un mode de conformité déresponsabilisant. Son objectif est de garantir l’unité de la communauté au détriment du développement personnel et du progrès collectif. Les esprits vulnérables ainsi abrutis, manipulés et soumis trouvent du réconfort dans le sentiment d’appartenance à un groupe et dans un “rituel magique” auquel ils se conforment sans réflexion.

L’orthopraxie des catholiques dans mon enfance, et celle du bouddhisme tibétain

Au plus loin que je remonte dans mon enfance, je me souviens de ces gestes mécaniques imposés, de ces mots répétés inlassablement qui n’avaient aucune signification pour moi mais qui m’ont été enseignés, inculqués, imposés par l’éducation religieuse que j’ai reçue. Je repense aux doigts trempés dans le bénitier à chaque entrée dans l’église avant de se signer, aux génuflexions chaque fois qu’il fallait passer devant la petite lampe rouge placée dans le chœur ou toute autre chapelle latérale… Jusqu’au jour où j’ai jeté tout cela aux orties et où je n’ai plu cru en rien. Pendant des années et des années.

Et puis, au fil du temps et de ma vie, des rencontres, des expériences personnelles, m’ont fait reconsidérer mes convictions. Je suis revenu vers la religion… Non, pas la religion. La spiritualité. Les religions appliquées à la lettre – quelles qu’elles soient -abrutissent l’homme. Les grands responsables en sont les clergés.

J’ai rejeté le catholicisme, les prêtres, les évêques, le pape… Je me suis tourné vers le Buddhisme au moment où à la suite de deuils et de crises existentielles j’ai éprouvé le besoin de me raccrocher à… A quoi ? Je n’en sais rien à quoi exactement. On va dire à certaines croyances… Et puis au bout de quelques années j’ai retrouvé chez les bouddhistes cet esprit que je déteste, de mensonges, d’hypocrisie, de non-conformité entre les paroles et les actions tant de la part des lamas que de celle des fidèles convaincus. De nouveau cette orthopraxie insupportable… et… rien derrière elle dans le comportement des personnes que j’ai côtoyées dans le milieu bouddhiste à commencer par le clergé.

Même à ma période la plus convaincue, je ne supportais pas les prières mécaniquement répétées sans même comprendre la totalité de ce qui est dit, les prosternations, les « règles » vestimentaires, comportementales, sexuelles. Tout cela dans le même sac : l’orthopraxie.

J’ai abandonné les pratiques et mes fréquentations bouddhiques, mais c’est le bouddhisme qui m’a conduit à « ma » conception de la spiritualité. Je « prie » comme, où, et quand je veux. Pas besoin d’allumer une bougie, de brûler un encens, de me prosterner, d’aller dans un lieu saint.

Quand j’ai découvert l’Inde je me suis aperçu qu’en matière d’orthopraxie, les Indiens avaient le pompon ! Mais assez parlé… Laissez-moi vous raconter plutôt deux petites anecdotes… 

C’était au temps de mon époque voyageuse…. C’était à Tiruvannamalai, dans l’état du Tamil Nadu. Ce matin-là je décide de partir visiter le temple Arunachaleswarar

Le Darshan au temple Annamalaiyar

Après avoir traversé un premier espace, je me retrouve devant deux guichets comportant deux files distinctes, deux tarifs différents. L’un indique en gros caractères : DARSHAN. Le prix y est nettement plus élevé que les tickets d’entrée au guichet voisin et la foule s’y presse comme à Paris devant une salle de cinéma d’exclusivité quand un film vient de sortir et qu’on en a beaucoup parlé. Alors, je me dis, sans savoir de quoi il s’agit, ni ce que je dois faire : Va pour le DARSHAN ! Je devine que je vais recevoir une bénédiction bienfaitrice et protectrice. Et je m’introduis dans la file avec conviction.

Pendant plus d’une heure je suis le mouvement de la foule à travers les chicanes qui n’en finissent plus et dont les méandres conduisent de toute évidence au sanctus sanctorum.

J’insiste, j’avais une grande envie – un besoin presque impérieux – d’accéder à ce dieu qui allait se manifester devant moi et dont j’ignorais même le nom, et de recevoir sa protection.

– C’était il y a dix-huit ans lors des tous premiers jours de mon premier voyage en Inde. C’est dire la nécessité que j’avais de me sentir aimé, béni et protégé tellement j’appréhendais ce premier voyage en Inde… – J’observe les fidèles, leurs gesticulations, leurs mimiques… Avec une grande attention je m’applique à faire exactement comme eux à chaque étape, dans le plus grand respect de l’orthopraxie. En revanche, je crée un moment d’émotion intense parmi les dévots pendant que nous faisons la queue – avant d’avoir pénétré dans le saint des saints -, en prenant la photo ci-contre. Je perçois les regards offusqués. Un  homme en colère m’aboie : « Interdit de faire des photos ! » Je ne comprends pas cette interdiction car cette statue n’est pour moi qu’un ornement extérieur. Je la perçois comme un élément de décoration dans l’architecture. J’ai souvent remarqué au cours de mes visites dans des lieux sacrés que des dévots se montrent plus intransigeants, plus autoritaires, plus intolérants et puritains que les prêtres eux-mêmes. Il m’est arrivé plusieurs fois de me faire apostropher en prenant des photos alors que je viens d’en avoir reçu l’autorisation d’un brahmane du temple !

Toutefois, ici,  le dieu ne m’en veut pas, car je peux continuer à progresser sans incident jusqu’à la phase finale et le face à face avec les brahmanes qui officient et qui ne me rejettent pas. Ils me bénissent comme les autres dévots, et me marquent au front avec leur poudre sacrée

La statue protectrice

En sortant, je fais face à une sorte de petit templion. Les uns l’ignorent mais la majorité tourne autour.

Alors que je m’apprête à sortir en ignorant cette dernière étape, un monsieur me désigne la statue à l’intérieur et me murmure à l’oreille : « nine times. Protection ». Alors je tourne neuf fois autour de la statue protectrice.

Vous m’en croirez si vous voulez, lorsque je sors de là, je me sens sur un petit nuage, dans une profonde béatitude.

 

Et la sérénité ne me quitte pas de la journée tandis que je m’immerge dans l’atmosphère sacrée de la ville ..

J’ai sacrifié à tous les rituels, « bien comme il faut », tout en priant à ma façon, dans ma tête, et en français. Car je suis persuadé que si ces entités divines existent, elles n’ont cure ni de la langue avec laquelle on s’adresse à elles, ni du décorum, ni si on applique très correctement et sans une faute ce qui est censé être dit, ce qui est censé être fait

Respecter (ou pas) l’orthopraxie

J’apprendrai le lendemain, que cette partie du temple est totalement interdite aux non-hindous et qu’il n’est pas question non plus de Darshan pour un non-hindou.
J’en conclus que l’essentiel est donc de bien respecter l’orthopraxie le plus naturellement du monde si l’on veut passer pour un hindou et entrer dans le temple interdit aux non-hindous.

Accessoirement, ma deuxième conclusion, selon mes croyances, c’est qu’effectivement le dieu en question « savait » mon désir d’aller vers lui et m’a accueilli au même titre que les autres fidèles bien qu’il sût, lui, que je ne suis pas hindou et même que je suis – jusqu’à un certain point – agnostique. Non seulement il ne m’a pas rejeté, mais il ne m’en a pas voulu d’avoir transgressé l’interdit.

Tout récemment j’ai connu la même situation à Trivandrum avec le temple Sree Padmanabhaswamy

Le temple de Padmanabhaswamy

Depuis que je séjourne et que je vis au Kerala je ne suis jamais allé à Trivandrum (Thiruvananthapuram), la capitale de cet état. Cette année je décide de m’y rendre pour un petit séjour avec mon ami Anil.

Anil est un homme charmant qui a le cœur sur la main. Il me manifeste beaucoup d’amitié et il m’aide beaucoup dans ma vie quotidienne pour résoudre toutes les difficultés inhérentes à la vie indienne. Mais nous nous disputons très souvent. Trop souvent.  Parce qu’il est typiquement Indien, typiquement Malayalee et nous ne nous comprenons pas.

 

Le champion de l’orthopraxie

Depuis tant d’années, grâce à ma proximité avec Tom et Shiva, j’ai appris bien des comportements et je m’y suis fait. Et réciproquement. Mais avec Anil, ça ne fonctionne pas. Il est extrêmement susceptible et se vexe pour un rien. J’ai toujours beaucoup apprécié le recul de Tom et son humour par rapport au chaos et aux dysfonctionnements de l’Inde. Dans une moindre mesure avec Shiva aussi, mais avec Anil c’est l’incompréhension totale qui débouche systématiquement sur une dispute dont il est l’initiateur. Et, pour le coup, il est le champion de l’orthopraxie, non seulement en ce qui concerne le religieux mais aussi pour tous les petits faits de la vie quotidienne d’un Malayalee.

 

Une des spécialités d’Anil est d’être systématiquement en retard, sans jamais s’excuser. Il s’étonne ensuite d’avoir raté un train ou un avion.

J’ai eu l’occasion de me déplacer avec lui en train ou en bus et c’est à chaque fois une course folle pour ne pas rater le départ.

Un trésor de conte de fée.

Je sais que ce qui intéresse Anil dans ce séjour c’est le temple Padmanabhaswamy, célèbre dans le monde entier pour l’immense trésor digne d’un conte de fée, découvert en 2011 

Mais lui, ce qu’il souhaite, c’est voir la statue sacrée de Padmanabhaswamy tout en or, perles et pierres précieuses représentant Vishnu couché sur le serpent Ananta, un lotus s’élevant depuis son nombril. 

Il en parle en m’incluant dans la visite du temple.

– Mais, Anil, l’entrée dans le temple est strictement interdite aux non-hindous. Je ne peux pas venir avec toi…

Il semble ignorer mon objection et lance :

– J’ai apporté un dhoti et un melmund supplémentaires pour toi.

 

J’ai bien envie de voir ce joyau et surtout de pouvoir entrer à l’intérieur de ce temple si mystérieux.

Les horaires de visite pour accéder à la statue sont extrêmement limités et stricts.

Bien sûr, malgré mes mises en garde et mes rappels incessants sur l’heure qui tourne, Anil est très en retard. Une fois de plus c’est dans la confusion et la précipitation que nous arrivons – parmi les derniers – à la fin de la file interminable des dévots qui se pressent dans le serpentin des chicanes qui canalisent l’immense foule.

Le torse nu, recouvert du melmund, les reins ceints dans le dhoti jusqu’aux chevilles, dans les couleurs elles aussi bien conformes au rituel, j’avance coincé, submergé par le flot des fidèles. Personne nulle part ne montre la moindre hésitation ni la moindre objection à ma présence puisque je suis revêtu de la tenue prescrite. On me regarde, certes, peut-être un peu étonné par ma couleur de peau, mais surtout pas choqué par ma présence. Je suis conforme, je suis en compagnie d’un hindou, donc je dois être hindou.

C’est alors que je comprends le silence d’Anil lorsque j’avais émis une objection. Il avait son idée en tête : L’habit fera le moine.

Les hijras évincées

A un moment, je ressens vraiment un malaise. Un brahmane hurlant, ainsi qu’une femme effectuent un tri : toi ici, toi là-bas… et toi… tu dégages, tu rentres pas !

C’est là que ça va se corser, me dis-je. Je vais être renvoyé.

En fait ils séparent les hommes et les femmes. Désormais chacun sa file pour entrer dans le temple. L’espace d’un instant j’ai l’horrible image qui me revient du tri fait par les  Nazis à Auschwitz sur le quai à l’arrivée des trains de déportés. D’autant plus que j’assiste à un incident pénible. Les deux cerbères – j’allais écrire garde-chiourmes tant ils sont hargneux, hostiles, vindicatifs et hurlants – éjectent avec une grande violence verbale trois femmes de la rangée féminine et leur ordonnent de s’en aller.

Elles pleurent, elles supplient qu’on les laisse entrer. Ça ne fait qu’exacerber l’agressivité du brahmane qui hurle de plus belle. Personne ne bouge. Tout le monde reste impassible. Anil me regarde. Il voit mon visage plus bouleversé qu’étonné. Il a l’air de vouloir me dire quelque chose, de vouloir m’expliquer ce qui se passe. Mais soudain je comprends, je n’ai pas besoin d’explication : ce sont des hijras – des eunuques –

Ici, pas de troisième genre, pas de troisième file. Elles n’ont pas le droit d’être parmi les femmes… Ni… parmi les hommes. Elles n’ont pas le droit d’entrer. Je me sens terriblement choqué. J’ai envie de clamer que c’est injuste, inhumain, dégueulasse. La scène dure un certain temps car elles implorent toujours qu’on les laisse entrer. L’inquiétude d’Anil est palpable. Il voit mon visage. Il devine que je suis outré. Il me connaît. Il redoute que je fasse un scandale.

A part les vociférations des deux gardiens, la foule est totalement silencieuse. Indifférente. Passive. Ils approuvent. Ils semblent dire : C’est normal.

Mon tour va arriver. Moi aussi je vais être éjecté en tant qu’occidental non hindou malgré les vêtements rituels que je porte. J’allais écrire malgré mon « déguisement », malgré mon subterfuge.

Le brahmane ne me regarde même pas. Il ne voit que le torse nu, le dhoti, le melmund, il me désigne la file des hommes, me bouscule presque au passage pour me presser de m’activer car l’incident a créé un bouchon.

 

Le Darshan raté

L’intérieur du temple est immense, impressionnant on nous a passé au détecteur pour vérifier que nous ne portons pas d’armes. J’ai oublié de préciser qu’il est absolument interdit de porter tout objet avec soi. Sauf de l’argent. Tiens donc ! Mort de rire.

Une fois dans le vaste espace, des panneaux indiquent le lieu du darsham, – là où il faut se diriger pour voir la statue, honorer Vishnu -. Quand nous sommes près d’atteindre la porte, un homme nous barre la route. C’est fini ! L’heure et passée. Deux ou trois minutes seulement, mais ici, ça rigole pas ! L’heure c’est l’heure.

Anil, comme toujours, essaie de resquiller. – Je vous ai dit qu’il est l’Indien typique. – Il se fait rabrouer par le gardien. Il semble terriblement déçu.

– J’avais tellement envie de voir cette statue. Je suis venu spécialement pour la voir.

– Tu ne l’as jamais vue auparavant ?

– Non, c’était la première fois que j’allais la voir. Il faut la voir au moins une fois dans sa vie.

Je ne peux m’empêcher de râler :

– C’est ta faute ! Ça fait plus de deux heures que je te disais de partir, tu n’arrêtais pas de tergiverser et de traîner. Je savais que nous allions arriver après la fermeture, mais tu ne m’as pas écouté.

Je propose :

– Nous pouvons revenir demain ou après-demain en respectant les horaires cette fois…

Car moi aussi j’avais envie de voir cette statue. Elle fait plus de 5,5 m de long.  Tout en or, couverte de diamants et de pierres précieuses. C’était sûrement quelque chose d’exceptionnel à voir. Et puis je l’avais bien mérité. Et sans vraiment tricher car si j’avais bien triché en me pliant à  l’orthopraxie, je n’avais pas triché dans mon cœur ni vis-à-vis du dieu, en quelque sorte par ma foi, car je crois en l’universalité des religions et j’avais vraiment envie d’honorer Vishnu et de recevoir sa bénédiction.

– Non, non, maintenant c’est trop tard… On ne peut pas revenir…

Je ne comprends pas son refus de la part de quelqu’un qui tenait tant à voir cette statue et qui était si déçu d’arriver trop tard. 

 

Une fois de plus me vient cette phrase dans la tête : Décidément, je ne comprendrai jamais les Indiens.

Changement de tenue

A peine sortis, à peine nos sacs récupérés à la consigne où Anil avait resquillé un maximum ne respectant pas plus la file des hommes que celle de femmes, – Il s’était créé une file pour lui tout seul en passant à côté de tout le monde, lançant presque nos sacs à travers le guichet avec la somme prescrite pour essayer de gagner quelques minutes -, il se jette sur son sac et m’entraîne…

– Viens on va se changer !

– Comment ça ? Tu as porté des vêtements ?

– Oui, pas toi ?

– Mais tu ne m’avais pas dit d’en porter…

– Pas grave on va rentrer à l’hôtel en tuk-tuk. Tu te changeras à l’hôtel pour aller dîner…

(Nous étions venus directement de l’hôtel en tuk-tuk, déjà revêtus des vêtements obligatoires.)

– Mais j’avais envie de traîner un peu dans les boutiques de souvenirs et d’objets religieux et aussi voir pour des vêtements… On peut rentrer à pied.

– Non, non, on peut flâner un peu dans ce secteur près du temple, mais après on rentre en tuk-tuk.

Je comprends qu’il s’agit une tenue spécifiquement « religieuse ». On ne se balade pas dans les rues habillé comme ça, pour faire du shopping ou aller au restaurant.

Nous ne restons pas très éloignés du temple mais je vois qu’on me regarde beaucoup. Je sens que ce ne sont pas les regards habituels envers un occidental. Non, c’est ma tenue qui étonne. Qui choque peut-être ?

Quelques hommes risquent un sourire en direction de ce que je porte comme pour me dire : C’est bien, toi tu es allé au temple avec la bonne tenue…

Diwali

 

Diwali n’est pas fêtée au Kérala, comme bien d’autres grandes fêtes hindoues du nord de l’Inde – comme Holi par exemple. Holi n’est pas fêtée au Kerala -. Cela fait des années que je souhaite me trouver en Inde pour Diwali et voir toutes les maisons illuminées et quand ça m’arrive enfin, on me dit : oh mais ici Diwali n’est pas fêtée.
Seul mon ami Julesh – celui qui m’a dit qu’on doit connaître la mythologie sur le bout des doigts et respecter l’orthopraxie à la lettre pour pratiquer l’hindouisme – me dit : Tu devrais mettre des lumières sur ta terrasse ce soir. Il insiste tant que je pose 4 malheureuses bougies chauffe-plat sur la balustrade. Je suis le seul du quartier ! Mais une heure plus tard mes voisins qui ont de gros moyens financiers illuminent leur jardin de centaines et centaines de lumignons à ghee. Mais le ghee s’épuise rapidement. Les lumières s’éteignent alors que mes bougies chauffe-plat continuent de briller pendant des heures. Ce qui suscite à nouveau force commentaires réprobateurs des uns :

– Tu gaspilles…

Et des autres :
– Tu devrais les éteindre maintenant… L’heure des illuminations est passée

Mon fils Shiva et l’orthopraxie

Shiva ne se disait pas athée, mais me répétait souvent qu’il ne croyait pas à toutes ces choses-là. Alors lui, l’orthopraxie il s’en fichait royalement !  Il mangeait indifféremment du poulet, du porc, du bœuf, et dans sa famille aussi. Ce qui n’empêchait pas qu’il y eût un autel dans la maison et qu’on y fît matin et soir les rituels propitiatoires.
Il trouvait aussi que c’était immonde de boire de la pisse de vache ou de se doucher avec…
Il n’allait jamais régulièrement au temple. Il n’avait pas d’autel chez lui.  – Il était fier d’être indépendant et d’habiter seul dans son propre appartement, qu’il louait – Mais il n’hésitait pas cependant à se rendre accessoirement au temple pour demander de l’aide aux différents dieux correspondant s’il avait des soucis ponctuels.

Récemment, lors d’une de ses rares visites, maintenant qu’il vit dans une famille 

 

brahmane orthodoxe, où l’orthopraxie gouverne la vie de chacun, j’ai aperçu à sa taille un cordon portant ce petit tube creux en argent dans lequel on introduit des prières.
– C’est nouveau, ça… C’est quoi ?
– C’est une protection forte… Mais je n’y crois pas…
– Alors pourquoi tu la portes ?
– Parce que c’est peut-être vrai. Je la porte seulement la journée.
– Pas la nuit ?
– Normalement oui, IL FAUT la porter 24h/24, mais ça me gêne dans le lit…

 

Je souris intérieurement et je pense : C’est surtout que les autres, quand tu es seul, la nuit, dans ta chambre, dans ton lit, ne voient pas que tu l’ôtes.

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