Ici, à Kannur, on ne rencontre plus dans les rues d’animaux – chiens, chèvres, vaches, cochons, singes, et autres rats gros comme des lapins… – cherchant quelque pitance dans les tas d’immondices entreposés dans les rues…
Chaque civilisation a les ordures qu’elle mérite
A l’initiative des municipalités
Ici, à Kannur, on ne rencontre plus dans les rues d’animaux – chiens, chèvres, vaches, cochons, singes, et autres rats gros comme des lapins… – cherchant quelque pitance dans les tas d’immondices entreposés dans les rues en attendant que … Que quoi au juste ? Qu’ils se soient chargés du service de voirie que les humains leur ont délégués ?
On voit de plus en plus s’organiser l’évacuation des ordures ménagères un peu partout en Inde, même dans de tous petits villages, mais il est laissé à l’initiative des municipalités…
Le Keralam, un état qui revendique sa modernité par rapport à de nombreux autres états, en particulier du nord, reste à la traîne dans le domaine de l’évacuation des ordures ménagères.
Il ne faut certes pas généraliser, mais j’ai observé en plusieurs villages où il m’a été donné de séjourner que le Keralam a 50 ans de retard dans ce domaine par rapport à d’autres états plus hygiéniques – l’Himachal Pradesh, par exemple -.
Je dirai qu’à chacun de mes séjours j’espère qu’une solution sera proposée et chaque année, je dois faire face à l’épineux problème de l’évacuation des ordures ménagères.
Il y a quelques années, c’était juste avant le COVID, j’habitais dans une jolie maison située, elle-même dans un quartier un peu cossu et cependant, rien, absolument rien, n’était prévu pour l’évacuation des ordures ménagères. Celle-ci était laissée à l’initiative personnelle des riverains.
A l’initiative personnelle des riverains
A force de protester en vain contre ce manque, ici à Kannur où je vis, j’avais fini par faire mon propre tri sélectif avec trois poubelles dans la maison. Ce qui amusait beaucoup mes amis indiens qui me traitaient d’original. En effet, j’avais mis en place trois sortes de poubelles : l’une pour les papiers et cartons que je brûlais, une autre pour les déchets biodégradables que je versais dans un trou creusé dans le jardin, et la troisième, pour tout le reste : plastique, métal, verre…
La plus difficile à éliminer était cette dernière. J’étais obligé – rigolez pas ! – comme ça ne sentait pas mauvais, de prendre le bus avec mon sac quand il était plein et j’allais le jeter dans l’unique benne que je connaissais, au centre-ville, près de la gare, à 6 ou 8 kilomètres de chez moi…
Plus tard, ça s’est encore compliqué car du jour au lendemain la benne a été enlevée et jamais ne fut remplacée. Comment donc allais-je pouvoir me débarrasser de ces déchets non biodégradables, non combustibles ? Je me suis mis en quête d’un restaurant suffisamment important, qui ait sa benne personnelle, et j’allais subrepticement, de nuit toujours, balancer mon sac dans le container.
Je n’ai jamais su comment procédaient mes voisins car l’évacuation des déchets domestiques relevait du plus grand secret : sujet tabou, personne n’en parlait. Chacun faisait comme il pouvait.
Pas très loin de chez moi, dans une autre rue, heureusement, se trouvait un ravissant bosquet très pittoresque avec de très nombreuses jolies plantes sauvages, dont certaines abondamment fleuries égayaient même cet endroit. Malgré le panneau – ENORME – : “Interdiction de déposer des ordures ici !“, j’ai découvert un jour, tout à fait par hasard, qu’il s’agissait là, de la décharge du quartier. Les gens venaient en catimini, tout comme moi avec la benne du restaurant, balancer leurs sacs dans les buissons.
Un beau jour, bien des semaines après que j’avais aménagé dans ce charmant appartement, grand branle-bas dans la rue. Un bataillon d’ouvriers armés de débroussailleuses, a tout ratiboisé. Finies les jolies, plantes et les fleurs…
Ah, ça, mais ! Vous n’allez pas continuer à cacher vos ordures sous les plantes !!!
Découvrant ainsi bien pire que ce que j’avais imaginé : Un monceau de sacs poubelles, en plastique, en papier, en tissu, pourris, éventrés, pillés par les chiens et les rats, les bouteilles de bière – ô combien dissimulées aux yeux de la maîtresse du logis -. Bref une abomination.
J’ai pensé qu’un tracteur viendrait avec une benne ramasser toute cette merde, mais non… Une fois l’herbe et les plantes coupées, tout est resté en l’état… C’était vraiment dégoûtant… Dans un village et un quartier absolument charmant, résidentiel et idyllique…
Et… Les plantes ont recommencé à pousser. D’abord 50 à 60 cm… Puis chaleur et pluies de mousson aidant, en quelques semaines toute la végétation a repoussé et… On ne voyait plus les sacs de détritus… Et les gens recommencèrent à alimenter le tas… Jusqu’à ce qu’il dépasse à nouveau la végétation.
J’avais demandé à mes propriétaires l’autorisation de creuser un large et profond trou pour les déchets végétaux. Mon ami Tom qui s’était chargé de la corvée leur avait expliqué de ma part que ce trou serait exclusivement réservé aux épluchures de légumes, fruits et toute matière bio dégradable qui ferait de l’engrais pour les plantes du jardin
Mon tri sélectif faisait bien mon affaire. J’ai opté pour celui-ci plus par égoïsme, pour mon confort personnel que par civisme. Brûler les papiers et cartons, c’était vite fait et pas trop pénible à faire. Les déchets biodégradables dans le trou feraient du compost… pour mes propres plantations. Et trimballer un sac poubelle rempli de plastique et autres déchets sans odeur dans le bus c’était pas un souci. Bon, je le planquais quand même dans un sac de voyage pour plus de discrétion…
Ce qui demeurait problématique c’étaient la viande, les os et les arêtes de poisson – ça vaut rien pour le compost cette affaire-là -, alors je les déposais sournoisement dans un coin où il y avait des chiens, sans qu’eux non plus me voient, sinon j’aurais été bon pour avoir toute la meute à mes trousses en espérant en avoir davantage. A tout hasard je vérifiais le lendemain : tout avait disparu.
Malheureusement, après quelques jours, une semaine peut-être, j’ai constaté que des papiers avaient été jetés dans le trou aux épluchures. J’ai a nouveau expliqué que ce trou était réservé exclusivement aux déchets biodégradables. Deux ou trois semaines passèrent poui je trouvais, des emballages plastique, des bouteilles d’eau vides, et même des déchets métalliques… J’étais dégoûté. J’ai senti que non seulement ils ne respectaient pas mes instructions, mais qu’ils me faisaient comprendre que c’était leur jardin que j’avais l’air de leur donner des leçons et qu’ils pouvaient bie faire ce qu’ils voulaient dans leur jatdin quine faisait pas partie de la location à proprement parler…
J’étais dégoûté, j’ai jeté l’éponge.
Il n’y a pas deux semaines, tout un bus m’a fait un scandale parce que j’avais craché un MINI chewing gum par la fenêtre… J’ai eu beau expliquer que je n’avais pas craché un beau gros mollard bien gras comme une huître, comme ils ne se gênent pas pour le faire, ils m’ont carrément répondu que je ne respectais pas l’environnement et l’hygiène.
Dans ces cas-là je suis fou de rage de ne pas parler Malayalam. Je ne connais que les insultes qu’on a envie de dire dans ces cas-là, mais qui sont si insultantes – pas de demi-mesure ici, même dans les insultes – qu’il vaut mieux ravaler sa colère et faire profil bas…
Décidément, j’ai eu beau expliquer à nouveau, j’ai déduit que personne ici ne savait qu’on pouvait récupérer les épluchures pour faire du compost.
Juste avant la pandémie du COVID, j’ai déménagé et j’ai trouvé une maison et un appartement à l’étage comme dans ma précédente location, mais beaucoup plus jolie encore, dans un environnement encore plus plaisant et pittoresque avec des propriétaires charmants.
Eux n’habitent pas là en permanence.
J’ai de nouveau demandé si je pouvais faire mon système d’élimination des déchets végétaux de la cuisine. Et après avoir obtenu leur accord, Tom, à nouveau a creusé un trou dans le coin le plus reculé, le plus dissimulé, à l’arrière de la maison.
Mais lors de leur première visite ils m’ont fait savoir que cet espace était en quelque sorte « religieux » et « sacré » – du moins c’est ce que j’ai pensé – il y avait toute une histoire d’orientation et de points cardinaux auxquels je n’ai rien compris. Et ils m’ont prié de jeter tout ce qui pouvait se brûler y compris les déchets végétaux dans un grand bac maçonné et qu’ils se chargeraient de brûler ou de faire brûler par quelqu’un.
Ici, on brûle tout ce qui peut se brûler et tant pis pour l’odeur nauséabonde, tant pis pour la pollution.
Mais dans ce nouveau logement, dans ce village, à moins que ce soit dans tout le district de Kannur, un service d’évacuation des ordures ménagères a été mis en place. Mais seulement pour les déchets qui ne peuvent être brûlés. Pour ces derniers, chacun fait son petit brûlis dans son jardin.
– Bravo l’écologie ! Peu importe la pollution atmosphérique ! Me suis-je écrié.
– Ce sont seulement de petits tas pas très importants que chacun brûle dans son jardin, m’a-t-on rétorqué.
Sans réfléchir que un petit tas + un petit tas + un petit tas ça fait un gros tas au fil des semaines. Et que un gros tas + un gros tas + un gros tas de toutes les maisons du village, ça fait un ENORME TAS !
Mais le problème majeur reste l’élimination de tous les emballages plastique, le verre, les objets usés et défectueux… Sans parler des piles électriques épuisées.
Le système consiste à payer une taxe de 50 roupies par mois, moyennant quoi des dames de la municipalité passent, encaissent les 50 roupies et… enlèvent le ou les sacs de déchets (plastique et verre).
La première année, ça a très bien fonctionné Shiva s’était installé en colocation chez moi et il s’est occupé de ce souci et le problème fut enfin solutionné. Du moins en partie, car l’enlèvement des sacs ne se fait qu’une seule fois dans le mois… Alors en attendant la prochaine session, il faut stocker quelque part. Pour les Malayalee ce n’est pas un souci, car ils ont toujours une cabane, un préau, un bout de jardin où ils peuvent entreposer leurs déchets. Mais ce n’est hélas pas mon cas. Tant bien que mal je loge mes deux sacs – je n’en ai jamais guère plus de deux – sous un escalier qui monte à la terrasse.
Mais depuis que Shiva est parti, c’est de nouveau une vraie galère pour procéder à l’évacuation de ces sacs. On ne sait jamais quand ces personnes vont passer. Pas de date fixe. Elles passent le matin. Or le matin soit je suis parti marcher, soit je suis à Kannur pour faire des courses…
La première fois, j’avais aperçu les sacs des voisins au bord de la route. J’ai donc mis les miens en évidence moi aussi. Je pensais être revenu à temps pour régler mon obole, car ces femmes font tout à pied. Elles trimballent les sacs un à un jusqu’à un endroit déterminé où un camion les récupère… Quand il le peut… Le jour même, le lendemain, un autre jour…
Quand je suis revenu, elles étaient passées, avaient disparu… Mes sacs étaient restés. Mais voyant que la totalité des sacs du quartier n’avait pas été enlevée, j’ai demandé à ma voisine de les avertir de passer se faire payer quand elles reviendraient. Je les ai attendues deux jours de suite. Elles sont arrivées, à l’improviste, le jour suivant. J’étais sous la douche, je ne les ai pas entendues. Je n’ai pas pu payer. Tu paies pas, tu gardes tes sacs
Et depuis le scenario infernal se renouvelle chaque mois. Quand je commence à voir les voisins sortir leurs sacs devant leur porte, je les attends, je les surveille, je veux payer pour trois mois… Elles ne viennent pas… Finalement je m’absente – ne serait-ce qu’une heure – et c’est là qu’elles passent. C’est infernal…
J’ai demandé à ma voisine :
– Je te donne les 50 roupies, tu les paies pour moi et tu leur dis d’enlever les sacs.
– OK mais apporte les sacs ici.
– Mais pourquoi ? Elles peuvent les prendre chez moi même si je suis absent.
– Non, non, c’est pas comme ça que ça se passe. C’est pas : on paie chez moi et elles récupèrent le(s) sac(s) chez toi. C’est donnant-donnant.
On paie en direct et elles prennent le(s) sacs(s)…
Je n’ai toujours pas compris si c’est ma voisine qui est méfiante ou si c’est la Municipalité qui a établi cette règle pour éviter des litiges : argent donné en avance, sac(s) pas enlevé(s).
Mon Dieu, que l’Inde est compliquée dans ses règlements !



