Depuis que j’ai commencé à voyager en Inde, il y a 18 ans, je crois pouvoir dire qu’aucune de mes arrivées, aucun de mes départs, n’ont été identiques.
C’est du temps que tous les êtres découlent; du fait du temps, ils se mettent à croître et c’est dans le temps qu’ils reposent. Le temps a une forme et il est dépourvu de formes.
Hélas, cette fois-ci, pour diverses raisons, mon séjour commence mal et même très mal… Au lieu de retrouver tout ce que j’adore ici, je retrouve en ces deux premiers jours tout ce que je déteste.
Air France, la pire des compagnies aériennes
Comme d’habitude, j’ai pris un vol Air France Paris-Bangalore. Je déteste cette compagnie qui, à force de faire des économies de bouts de chandelle et rogner sur les prestations à bord devient une compagnie pitoyable malgré l’arrogance et les « Cocorico ! On est les meilleurs » d’une grande partie de son personnel à commencer par les cadres supérieurs qui la dirigent et la gèrent.
Tout au moins sur cette destination que je connais si bien maintenant.
Lors de mes premiers vols pour l’Inde, le plaisir du voyage commençait à peine installé dans la cabine. Presque du luxe, comparé aux vols à destination des Antilles Françaises que j’avais aussi beaucoup pratiqués. On nous distribuait même un joli menu avec plusieurs choix possibles. Le premier entre l’option « France » ou « Inde », puis un choix de plat au sein du menu sélectionné… Les portions étaient correctes et la compagnie insistait sur le raffinement de ce qui était offert aux passagers.
De vol en vol, d’année en année, le service s’est dégradé : pain rassis, portions congrues, plat principal sans intérêt culinaire.
Puis à partir du COVID, tout a changé drastiquement. Le joli menu papier a disparu. On ne propose plus qu’une option indienne ou française aussi minable l’une que l’autre. Un repas de (mauvaise) cantine scolaire pour le choix français et de miteux dhaba de bord de route pour le choix indien. Car souvent ces derniers concoctent des plats autrement plus succulents que ceux qu’Air France ose servir. De plus, viande ou poisson ont disparu sous prétexte que « les Indiens sont majoritairement végétariens », dixit l’hôtesse quand je me suis plaint. C’est un cliché lamentable ! En fonction des personnes que je côtoie en Inde, je peux avancer, sans trop risquer de me tromper qu’une bonne partie des passagers indiens apprécierait un repas « Non Veg ». Les derniers temps je me faisais encore plaisir avec le dessert. Maintenant il s’est rabaissé au niveau du reste du repas.
Ce que l’on me sert sur ce vol frise le scandale. Le plat principal se constitue de pâtes. Des sortes d’infâmes macaronis mal cuits, insipides, avec une sauce qui se veut « béchamel » mais sans beurre, ni lait, ni fromage, pas salée (tout comme les pâtes), sans poivre ni muscade. Une honte pour une compagnie qui se prétend prestigieuse ! Le pain est si rassis qu’il est immangeable pour compenser les pâtes avec le morceau de camembert… Le dessert tout aussi minable, une sorte de tarte à la pâte toute molasse à je ne sais quel fruit (unique : prune ?) qui tient plus d’une « viennoiserie de la veille » que d’une pâtisserie.
A la vue de ces horribles pâtes, quand je veux opter pour le repas indien, l’hôtesse me rabroue carrément, sur un ton autoritaire : « Maintenant vous avez choisi, on ne peut pas changer ! ». Alors que jusqu’à l’an dernier on pouvait décider de changer d’option si celle choisie était décevante, voire immangeable.
Seul vestige de la splendeur passée : le gobelet – en carton – de champagne ! Je garde de mes anciens vols, le souvenir d’une imitation de flûte en plastique. C’était quand même moins tocard que le gobelet de carton. La marque de fabrique d’Air France qui se vante d’être la seule compagnie à offrir du champagne en classe économique en prend un sacré coup !
Quand je me rends au fond de l’appareil, entre deux films, pour tenter de me restaurer un minimum car je n’ai pu avaler ces honteuses pâtes et j’ai faim, là aussi le choix proposé est minimaliste : des barres céréalières et des petits sandwichs à… Je ne peux déterminer ce qu’ils contiennent.
Quand je fais remarquer poliment et gentiment à la chef de cabine la pitoyable qualité du repas et particulièrement de ce plat principal de pâtes, elle me fait une réponse très moqueuse : Ah, bon ? Qu’est-ce que vous leur avez trouvé aux pâtes ? Et elle ose m’affirmer que la qualité et la quantité du plateau n’ont pas baissé de niveau. Et aussitôt d’arguer sur le champagne
Et ne parlons pas de la déplorable qualité des casques audio pour regarder les films !
Le film accompagnant les consignes de sécurité à bord aurait pu susciter de l’intérêt par l’originalité de son scenario mais les mimiques de l’hôtesse – on aurait envie de lui donner des claques tant elle en rajoute dans la coquetterie précieuse – rendent ce moment insupportable de niaiserie et de cabotinage. Si bien qu’on n’a qu’une envie c’est de ne pas regarder ce film et donc de ne pas prendre connaissance des dites consignes de sécurité.
L’arrivée à Bangalore
A l’arrivée, le passage à l’immigration se réalise cette fois avec une rapidité surprenante. Serait-ce le fait de la nouvelle « arrival card » électronique qu’il faut remplir en ligne dans un délai de 72h avant d’arriver ?
Je n’ai pas droit, cette fois-ci, au chapelet de questions y compris indiscrètes n’ayant rien à voir avec la régularisation de l’entrée en Inde.
Traditionnellement Tom venait m’accueillir à l’aéroport de Bangalore mais aujourd’hui, il me faut me débrouiller seul, et donc j’apprécie beaucoup cette année d’avoir voyagé avec 35 kg au lieu des presque 60 habituellement. Mais, cependant, trimballer une valise de 23kg quand il n’est pas possible de la faire rouler car une roulette a été cassée, m’est devenu une épreuve difficile. Alors, même si je suis moins chargé, je choisis une Uber « berline » censée offrir plus d’espace et de confort, pour à peine un peu plus cher qu’une Uber standard.
– Not available sir ! Me lâche un employé.
Bien sûr je n’en crois rien puisque je viens de recevoir l’avis de l’arrivée du cab dans 3 minutes.
Je pense : Ça doit encore être un « arrangement » à l’indienne entre les chauffeurs et le préposé pour favoriser les petites voitures qui sont moins demandées dans un aéroport où les clients sont chargés de valises.
Un bref coup d’œil à la longue file qui s’étire sur le quai me conforte dans mon choix, et je me dirige vers l’emplacement de prise en charge pour les « berlines ». Là, seul un couple attend l’arrivée d’un cab qui ne tarde pas à se présenter. J’ai donc la preuve que l’employé m’a dit n’importe quoi…
Survient alors une longue attente et je commence à craindre d’avoir été trop présomptueux en faisant fi de l’avis de l’employé. Mais je suis enfin rassuré par l’arrivé d’un groupe de jeunes indiens de « la classe moyenne montante », – comme il est dit dans les media – puis d’un couple également indien, puis d’un touriste étranger…
Les minutes défilent… Et défilent aussi les Uber Go -le véhicule de base- tandis que notre groupe se raréfie, car mes compagnons de patience voient la leur s’épuiser…
Je pense à mon tour à annuler ma course et à me diriger comme les autres vers la file des Uber Go, mais je constate qu’un nouveau vol a amené des dizaines de candidats à Uber Go et la file s’est considérablement allongée.
Je reste seul avec le jeune couple indien. Le touriste étranger a déclaré forfait lui aussi.
Enfin un cab arrive et se gare devant moi. Ouf ! j’empoigne valise et sac, mais…
– Ah, non, sir, celle-ci c’est une Uber Premier !
Apparemment commandée par le foreigner qui s’est découragé.
– Mais je peux pas la prendre, puisqu’il est parti ?
– Non, toi tu as commandé une Uber Sedan (berline) ! Mais tu peux prendre celle qui est un peu plus loin derrière et vient d’arriver.
La catégorie « Sedan » est censée être plus spacieuse, plus confortable, avec un chauffeur plus « expérimenté » (raisons de mon choix).
Un bref regard au véhicule me découvre une « Maruti Suzuki » en piteux état extérieurement, sale, cabossée, voire défoncée en deux endroits et, j’ai honte de le dire et de l’avoir pensé, le chauffeur a « une sale gueule ». Je ne serais pas chez Uber, je penserais que c’est un soi-disant taxi à la sauvette, pas réglo…
Mais c’est bien un véhicule Uber.
Je préfère monter à côté du chauffeur – comme toujours – et nous démarrons…
Que diable allait-il faire à cette galère !
Molière, Les Fourberies de Scapin, acte II, scène 7
L’aspect intérieur du véhicule est assorti à celui de l’extérieur… Sièges détériorés, sales, avec des débris végétaux… Au moment d’attacher la ceinture, il m’avertit qu’elle ne fonctionne pas et est inutilisable.
Je lui fais remarquer qu’il n’est pas en règle ni avec la règlementation routière ni avec Uber et qu’en cas d’accident, il met ma vie en danger. Ma remarque lui déplaît, il me lance un sale œil et stoppe net !
Je suis à deux doigts de descendre et d’attendre un autre véhicule, mais j’ai déjà poireauté plus d’une heure et demie, je suis fatigué j’ai hâte de me coucher et de me détendre sinon de réussir à dormir.
Bonne surprise ! Il roule vite, mais prudemment, n’abuse pas du klaxon et ne me submerge pas d’une avalanche de questions dont la première : First time in India ? Puis, tu es marié ? Tu voyages seul ? Et tant d’autres encore…
Cette fois, celui-ci sait lire les indications de son GPS et nous nous retrouvons facilement à la porte de l’hôtel.
1080,34 INR annoncent mon téléphone et le sien.
Je suis enregistré chez Uber pour un paiement en espèces, mais désormais – comme la plupart des Indiens – je paye avec PhonePe (une des nombreuses apps indiennes de règlement par téléphone). Je n’ai que 2500 INR et de la menue monnaie qui me restent de mon dernier voyage, je lui demande si je peux payer avec PhonePe plutôt qu’en espèces.
– Pas de problème !
Il me sort son QR code, je vérifie bien la somme à payer, et comme je trouve le 0,34 ridicule je tape un montant de 1081.
Toujours aussi peu amène il déguerpit en un rien de temps.
Depuis deux ou trois arrivées à Bangalore, je ne veux plus faire cette longue route en bus de nuit pour gagner Kannur, qui ajoute à la fatigue du voyage, car il faut attendre le lendemain soir. Et bien que la compagnie Ashoka travels and logistics offre un bon confort en couchettes – et même individuelle -, je n’arrive jamais à dormir.
J’ai donc déniché sur booking.com un petit hôtel simple, mais très propre et très confortable, dans le style de ceux que nous connaissions tous autrefois dans nos pérégrinations à travers l’Inde et qui ont presque tous disparu. Situé à 150m du terminus, bureau de la compagnie de bus. Une aubaine ! 1470 INR la chambre (vraiment bien !) alors que l’équivalent en confort et propreté se situe de nos jours entre 2000 et 2500, (plutôt 2500 que 2000).
Au moment de payer ma chambre avec PhonePe, je crois voir que le paiement précédent (la course Uber) ne correspond pas au prix payé. Mais, je dois avoir mal vu, je suis épuisé. Je me douche et me couche et… j’oublie de vérifier…
Vers 5h30, réveillé par une envie de vider ma vessie, je ne peux pas me rendormir et je regarde mon historique PhonePe et surtout le message de la banque qui m’informe de la transaction à chaque fois. Et je vois : 1.088,1 INR. Mais comme ils mettent toujours point et virgule où nous n’en mettons pas (d’ailleurs en vous écrivant je ne sais plus où étaient placés point et virgule) je n’y prête toujours pas attention et surtout parce que c’est la deuxième nuit où je ne dors pas et que je suis dans le potage…
Ce n’est qu’une fois installé dans le bus que je vérifierai à nouveau et constaterai que mon compte a été débité non pas de 1081 INR mais de 10881 ! Il y a un 8 de trop !!!
L’an dernier, en Thaïlande on m’avait recommandé de faire très attention quand je payais par carte car certains commerçants malhonnêtes trafiquent leur appareil en sorte que le même chiffre sorte deux fois dans une somme, comme par exemple dans ce qui m’est arrivé : le 8 est sorti deux fois. 10881 au lieu de 1081 !
Non, non, je ne suis pas gâteux, je ne me suis pas trompé et d’ailleurs la somme s’affiche DEUX FOIS avant que l’on valide par le code et je vérifie bien à chaque fois que la somme sur mon écran est exacte. Et j’ai bien validé un paiement de 1081 roupies !
C’est ton Karma !
Je tente d’abord de bloquer la transaction mais c’est trop tard (le lendemain). En effet, sitôt que la somme a été validée et la transaction effectuée, PhonePe et la banque envoient un e-mail ET un message d’alerte sur le téléphone pour qu’on puisse bloquer la transaction aussitôt si on n’en est pas l’auteur. Mais il était 02h du mat, j’étais épuisé, j’avais hâte de me coucher après ce long voyage et n’ai pas consulté mes messages avant de me coucher. Ce que m’a fait remarquer ensuite PhonePe, puis la banque : impossible de recréditer la somme une fois qu’elle a été transmise sur le compte du bénéficiaire…
J’essaye un recours avec UBER qui m’envoie promener très sèchement en me disant que je n’avais qu’à ne pas changer le mode de paiement puisque j’étais enregistré pour un paiement en espèces et qu’ils ne sont donc pas responsables de la fraude du chauffeur. Mais ce que je trouve lamentable et même scandaleux, c’est qu’ils ne tentent absolument rien pour contacter le chauffeur puisqu’ils ont forcément ses coordonnées. Ils pourraient le sommer de me reverser aussitôt la différence puisque je peux leur fournir la preuve du débit de 10881 au lieu de 1081.
Si vous avez déjà utilisé UBER vous savez qu’u moment de la commande du véhicule le numéro de tel du chauffeur s’affiche pour pouvoir se contacter réciproquement si l’on n’arrive pas à se trouver… Mais je ne l’ai pas mémorisé et ensuite il s’est effacé.
Bref, je n’ai aucun recours. Arrivé à Kannur tous mes amis indiens me conseillent de déposer plainte à la cyberpolice ou je ne sais comment ils l’appellent… Mais en tant que ressortissant étranger c’est une telle complication que je laisse tomber.
Perdre 9800 roupies quand on veut vivre comme un Indien avec un budget mensuel en roupies sans plus s’occuper tout le temps de la conversion euro/roupies, c’est une grosse perte : deux à trois semaines de nourriture…
– Mets ça sur le compte de ton karma et fais-toi une raison, m’a asséné un de mes potes indiens.
Même si ça m’a pris plusieurs jours pour avaler la pilule du destin, j’ai suivi son conseil. Je me suis dit qu’ « ON » m’envoyait une leçon pour travailler mon rapport à l’argent. Et j’ai décidé de profiter du plaisir de me retrouver « chez moi ».
Les “plaisirs” de l’arrivée
Plaisir ? Façon de parler. Je trouve une maison extrêmement sale. J’avais payé un homme pour nettoyer avant mon arrivée car je trouve dur de se mettre à faire grand ménage quand on se remet à peine d’un long voyage. Apparemment nettoyer veut souvent dire ici balayer avec leur espèce de plumeau-balayette et déplacer seulement la poussière mais sans l’enlever vraiment, et passer une serpillière. Mais six mois de poussière accumulée sur des meubles rendus poisseux par l’humidité de la mousson ce n’est pas rien. Et les toiles d’araignées et, et, et….
Ouvrir les armoires, sortir les vêtements, draps, serviettes pour les aérer et tenter de chasser l’odeur de moisi ambiante même si les tissus ne le sont pas. Il me faudra même plusieurs machines pour débarrasser les chemises d’une odeur tenace…
Un autre « plaisir » non négligeable : des trombes d’eau 24h/24. Je risque de donner mon opinion :
– Il a dû y avoir encore un cyclone sur la côte ouest côté Tamil Nadu qui apporte toute cette pluie torrentielle…
– Ah bon tu crois ? Non ça fait six mois qu’il pleut… La mousson n’est pas encore finie..
Un cyclone au Tamil Nadu ?
C’est incroyable, c’est leur pays, moi je suis l’étranger, européen de surcroît, et je connais mieux qu’eux les phénomènes météorologiques du coin.
La mousson c’est juin, juillet, août, ça se calme en septembre même si ça n’est pas le grand beau temps avec un regain en octobre. Mais alors c’est le Tamil Nadu qui est sous la flotte et c’est la saison des tempêtes cycloniques. Depuis plusieurs années, il y en a une presque tous les ans qui fait beaucoup de dégâts et alors les nuages et la pluie (sous l’effet du vent ?) se déplacent sur le Kerala où il pleut des trombes d’eau pendant plusieurs jours…
Bien sûr, je suis l’étranger qui n’y connaît rien et dit n’importe quoi. Alors je demande :
– Ils n’ont pas parlé d’un cyclone au Tamil Nadu à la télé ?
– Non, j’en ai pas entendu parler…
Comme on ne me croit pas, pour prouver que je ne dis pas des sottises, j’envoie un message à une amie qui travaille dans le service de la Météo du Kéralam… (juste pour confirmation) Et là, mort de rire, elle me répond :
– Je sais pas.
Pourquoi mort de rire ? Parce que vu son boulot elle est forcément au courant s’il y a eu un cyclone sur la côte est. Et elle est forcément au courant si ce cyclone a apporté des pluies torrentielles sur le Kérala.
Merci Google !
Google et l’Intelligence Arificielle se montrent moins égoïstes et plus coopératifs :
Le cyclone Montha a provoqué de fortes pluies au Kerala en octobre 2025, avec des averses localement intenses
Pluies intenses au Kerala
– Cause :Le cyclone Montha a généré de fortes pluies au Kerala, en particulier dans le nord et le centre de l’État, selon The Hindu.
– Conséquences : Ces pluies, associées à des vents forts, ont entraîné deux décès.